Le scandale de la pseudo affaire d’espionnage industriel chez Renault permettra-t-il aux entreprises de mieux Ă©valuer les risques de l’espionnage industriel ? Il est temps de mettre en Ĺ“uvre une dĂ©marche de protection du patrimoine informationnel.
Culturellement, il est vrai que le secteur privĂ© tend Ă considĂ©rer la sĂ©curitĂ© avec un dĂ©sintĂ©rĂŞt certain, la plaçant aux marges de ses activitĂ©s et y consacrant des ressources financières et humaines encore limitĂ©es. Pourtant, l’État s’est engagĂ© depuis quelques annĂ©es Ă mieux sensibiliser le secteur privĂ© aux enjeux de la sĂ©curitĂ© et de l’intelligence Ă©conomique.

L’espionnage industriel est pourtant connu depuis longtemps. Il n’est pas une nouveautĂ© de ce siècle marquĂ© par une explosion des flux d’informations. De mĂŞme, la dĂ©viance des relations concurrentielles n’est pas propre aux grands groupes industriels, et des PME peuvent très bien ĂŞtre touchĂ©es par l’espionnage industriel dès lors que leurs activitĂ©s les mettent en possession d’informations ou de savoir-faire exclusifs.
On constate cependant un retard français important, mĂŞme si le dĂ©veloppement du secteur de l’intelligence Ă©conomique et de la gestion des risques ces dernières annĂ©es a renforcĂ© la prĂ©occupation lĂ©gitime des entreprises pour la sĂ©curisation de leur patrimoine. L’analyse des circuits de dĂ©cision, la due diligence, la sĂ©curisation des rĂ©seaux informatiques ou la lutte anti-contrefaçon sont autant de nouvelles pratiques destinĂ©es Ă protĂ©ger le savoir-faire et les produits de l’entreprise dans un contexte de concurrence internationale accrue. Mais c’est surtout la gĂ©nĂ©ralisation des outils de communication numĂ©rique qui donne toute sa raison Ă la confidentialitĂ© du patrimoine informationnel.
En France, l’État tente de rattraper le retard en encourageant la gĂ©nĂ©ralisation de pratiques communes dans le domaine de la lutte contre l’espionnage industriel. Le rapport Carayon publiĂ© en 2003 a d’ailleurs constituĂ© un puissant signal d’alarme, poussant l’État Ă crĂ©er en 2005 un poste de haut responsable Ă l’intelligence Ă©conomique auprès du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la dĂ©fense nationale. Depuis 2009, c’est la responsabilitĂ© du dĂ©lĂ©guĂ© interministĂ©riel Ă l’intelligence Ă©conomique.
La direction centrale du renseignement intĂ©rieur, l’agence nationale de sĂ©curitĂ© des systèmes d’information
Plusieurs registres d’actions sont parallèlement dĂ©ployĂ©s. Au niveau lĂ©gislatif, l’État garantit naturellement la propriĂ©tĂ© industrielle et intellectuelle, complĂ©tĂ©e par l’action de plusieurs services. La direction centrale du renseignement intĂ©rieur (DCRI) intervient ainsi dans les entreprises pour les sensibiliser sur les risques qu’elles peuvent rencontrer (vole de donnĂ©es Ă©lectroniques et piratage informatique, dĂ©ficit de communication interne, etc.) et renforcer les compĂ©tences professionnelles des personnels dans le domaine de la sĂ©curitĂ©. L’action de la DCRI se concentre sur les secteurs hautement stratĂ©giques, ceux oĂą la souverainetĂ© de la France est engagĂ©e ou dans lesquels l’entreprise dispose d’une position leader qu’il faut prĂ©server.
Parallèlement, une agence nationale de sĂ©curitĂ© des systèmes d’information a Ă©tĂ© créée en 2009 afin de sensibiliser les entreprises Ă la sĂ©curitĂ© des rĂ©seaux. Cette agence assure une “mission d’autoritĂ© nationale” dans ce domaine et a la charge de “proposer les règles Ă appliquer pour la protection des systèmes d’information de l’État et de vĂ©rifier l’application des mesures adoptĂ©es”. L’agence est a donc Ă l’avant-garde de la dĂ©fense informatique et constitue le principal “rĂ©servoir de compĂ©tences qui doit pouvoir mettre son expertise et son assistance technique au profit des administrations et des opĂ©rateurs d’infrastructure vitale”.
Enfin au niveau du capital humain, les entreprises invoquent une “guerre Ă©conomique” et recrutent dans les rangs des anciens policiers et militaires. Les membres des services de renseignements sont particulièrement convoitĂ©s pour leur maĂ®trise de la collecte de l’information et leur compĂ©tence Ă agir dans des domaines stratĂ©giques et confidentiels. Nombre de sociĂ©tĂ©s d’intelligence Ă©conomique sont par ailleurs composĂ©es d’anciens membres des services de renseignement.
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