Misant sur la rĂ©forme de l’instruction, ils espèrent ĂŞtre davantage sollicitĂ©s pour les enquĂŞtes.
Gagner en respectabilité
Pendant longtemps, seules les affaires de divorce ont fait les choux gras des «privĂ©s». Les dossiers ne remontaient guère jusqu’au juge : ils servaient au mieux de base de nĂ©gociation, au pis d’argument d’intimidation entre ex-mari et femme. DĂ©sormais, les dĂ©tectives sortent de l’ombre. Si les affaires familiales constituent toujours un fonds de commerce non nĂ©gligeable, les officines - qui se baptisent elles-mĂŞmes volontiers «agences» - vont dĂ©sormais chasser sur le terrain du pĂ©nal. Ă€ Bordeaux, l’«agence Aquitaine conseil» a rĂ©alisĂ© en juillet dernier un «beau coup». Une enquĂŞte commandĂ©e par les parents d’un jeune homme retrouvĂ© mort Ă Arcachon a entraĂ®nĂ© la rĂ©ouverture du dossier par le procureur gĂ©nĂ©ral de Bordeaux. «Mon rapport ouvrait de nouvelles pistes», explique Alain Rousseau.
Sur Internet, les «agences» vantent dĂ©sormais leurs enquĂŞtes «utilisables en justice». Depuis son bureau, un professionnel d’Ile-de-France exhibe fièrement un jugement du tribunal de Nanterre du 15 fĂ©vrier 2007 expliquant noir sur blanc que «les griefs sont Ă©tablis par les documents procurĂ©s, et notamment un rapport de dĂ©tective privĂ© (…)». Au cas par cas, le magistrat reste toutefois entièrement maĂ®tre de l’apprĂ©ciation qu’il fait d’une enquĂŞte.
«L’un de mes confrères, spĂ©cialiste des vĂ©hicules de luxe, est souvent appelĂ© par le tribunal dans les cas de vol, parce qu’il est capable de rĂ©agir plus vite que les forces de l’ordre, raconte Alain Letellier, prĂ©sident de la Chambre professionnelle des dĂ©tectives français. Une autre de mes consĹ“urs est intervenue pour la justice dans une affaire de maltraitance d’enfant…»
Car, aujourd’hui, les dĂ©tectives sont bien dĂ©cidĂ©s Ă s’engouffrer dans la brèche qu’ouvre la suppression du juge d’instruction. «Est-ce que le parquet est capable de rĂ©agir en 48 heures ? Nous oui !» lâche non sans perfidie Alain Letellier. La profession mise donc sur une demande accrue des justiciables. La rĂ©forme de la procĂ©dure pĂ©nale devrait en effet donner plus de poids Ă la dĂ©fense, et dans ce cadre, les dĂ©tectives, dont les services sont souvent conseillĂ©s par des avocats Ă leurs clients, espèrent ĂŞtre plus souvent sollicitĂ©s.
Mieux : pour que leurs enquĂŞtes ne soient pas rĂ©servĂ©es aux seuls justiciables aisĂ©s, ils comptent sur l’État. La Chambre professionnelle des dĂ©tectives prĂ©pare en effet discrètement un projet qu’elle compte soumettre au gouvernement Ă la fin de l’annĂ©e. Son idĂ©e : mettre sur pied un système calquĂ© sur l’aide juridictionnelle qui permet aujourd’hui aux justiciables les plus dĂ©munis d’avoir recours Ă un avocat…
«Il faudra bien mandater quelqu’un pour les complĂ©ments d’enquĂŞte. Nous voulons devenir les experts de la preuve», martèle Alain Letellier. En rĂ©alitĂ©, les dĂ©tectives cherchent depuis plusieurs annĂ©es Ă gagner en respectabilitĂ©. La nouvelle procĂ©dure d’agrĂ©ment, votĂ©e en 2003, pour moraliser et professionnaliser leur activitĂ©, leur permet dĂ©sormais de se prĂ©valoir d’une carte tout Ă fait officielle dĂ©livrĂ©e par la prĂ©fecture. Mais seule la moitiĂ© des agents de recherche privĂ©s est actuellement agréée.



