Juin 2006 : la commission parlementaire constituĂ©e après l’affaire d’Outreau fait 80 propositions pour rĂ©former la procĂ©dure pĂ©nale. Après le fiasco judiciaire qui a vu 13 personnes acquittĂ©es après de longs mois de dĂ©tention, l’heure est au procès de la justice. L’affaire a montrĂ© les limites de la procĂ©dure française, de la solitude du juge d’instruction Ă l’impuissance de la cour d’appel. Un vent d’unanimitĂ© souffle en faveur d’une rĂ©forme.
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Mars 2010 : Michèle Alliot-Marie prĂ©sente une rĂ©forme de la procĂ©dure pĂ©nale sans prĂ©cĂ©dent, qui supprime le juge d’instruction, sans toucher au statut du parquet qui sera chargĂ© de toutes des enquĂŞtes. Le climat est Ă la dĂ©fiance, dans les professions juridiques comme dans les milieux politiques, y compris Ă droite. Un vent de contestation souffle sur la rĂ©forme de la justice pĂ©nale.
Comment est-on passĂ© d’une belle unanimitĂ© Ă cette rĂ©forme qui divise en profondeur ? L’intervention du prĂ©sident de la RĂ©publique, annonçant le 7 janvier 2009 devant la Cour de cassation, la fin du juge d’instruction, explique cette dramatisation. Par cette dĂ©claration solennelle devant les plus hauts magistrats français, Nicolas Sarkozy a lui-mĂŞme pris le risque d’une politisation du dĂ©bat. En touchant au symbole de la justice qu’est le juge d’instruction, clĂ© de voĂ»te du système pĂ©nal, le chef de l’Etat a nourri la suspicion de suppression de cette fonction pour raison politique.
Le dĂ©bat sur la suppression du juge d’instruction est ancien et rĂ©current. L’affaiblissement de ses pouvoirs et de sa marge de manĹ“uvre au profit d’un procureur qui le saisit de moins en moins avait prĂ©parĂ©, ces dernières annĂ©es, sa disparition.
Mais les seuls magistrats connus du public sont les juges d’instruction. Qu’ils soient honnis, comme le juge Fabrice Burgaud d’Outreau ou le juge Lambert de l’affaire GrĂ©gory, ou adulĂ©s, comme les magistrats financiers Renaud Van Ruymbeke ou Eva Joly. En dĂ©crĂ©tant la mise Ă mort de cette fonction, M. Sarkozy et son entourage pensaient que l’image des premiers dominerait dans l’opinion, d’autant que cette annonce intervenait avant que le juge Burgaud comparaisse, au disciplinaire, devant le Conseil supĂ©rieur de la magistrature.
INDÉPENDANCE
A la grande surprise de l’ElysĂ©e, les sondages ont rapidement montrĂ© que les Français s’inquiĂ©taient pour les risques en matière d’indĂ©pendance de la justice. Les prĂ©cĂ©dents projets de suppression du juge d’instruction conditionnaient sa disparition Ă une plus grande indĂ©pendance du parquet. Et l’affaire Clearstream a mis en lumière les liens entre le parquet et le pouvoir exĂ©cutif, donnant une image peu avantageuse du ministère public.
Mme Alliot-Marie essaie de corriger cette image en promettant qu’”aucune affaire ne sera Ă©touffĂ©e”, grâce aux pouvoirs renforcĂ©s de la dĂ©fense et au contrĂ´le du nouveau juge de l’enquĂŞte et des libertĂ©s, le JEL, dont on ironise dĂ©jĂ sur l’acronyme qui Ă©voque le gel des affaires.



