Le groupe Renault cible la “fourniture d’Ă©lĂ©ments” confidentiels Ă des groupes Ă©trangers.

La direction a mis Ă pied trois de ses cadres, mais c’est contre X que Renault a dĂ©cidĂ© de porter plainte, jeudi auprès du parquet de Paris. Le constructeur dit avoir des preuves “d’espionnage industriel”, “de corruption”, “d’abus de confiance” et “de vol et recel commis en bande organisĂ©e” dans l’affaire qui le secoue depuis plusieurs jours.
Article vue sur le site de Europe 1
Renault dĂ©nonce “un prĂ©judice” fait Ă l’entreprise
“Cette plainte fait suite Ă la dĂ©couverte d’agissements graves, portant prĂ©judice Ă l’entreprise, en particulier sur ses actifs stratĂ©giques, technologiques et intellectuels”, a indiquĂ© le groupe dans un communiquĂ©. Elle vise la “fourniture d’Ă©lĂ©ments intĂ©ressant le secret Ă©conomique français Ă une puissance Ă©trangère”, a prĂ©cisĂ©, pour sa part, le procureur de Paris, Jean-Claude Marin. PriĂ© de dire quel Ă©tait ce pays, le procureur a rĂ©pondu : “C’est la position de Renault. Ils citent non pas une puissance Ă©trangère, ils ne citent que des personnes morales de droit privĂ©”.
Depuis dĂ©but janvier, Renault soupçonne trois de ses cadres dirigeants d’avoir fait fuiter des informations sensibles liĂ©es Ă ses actifs stratĂ©giques, intellectuels et technologiques. Plusieurs mĂ©dias soutiennent Ă©galement qu’une enquĂŞte menĂ©e par une sociĂ©tĂ© de renseignement privĂ©e a permis de mettre au jour une tentative d’espionnage visant sa future voiture Ă©lectrique, un programme phare de Renault qui a investi quatre milliards d’euros sur ce dossier.
Le procureur peut désormais ouvrir une enquête préliminaire
“Cette affaire relève maintenant de la justice”, a tenu Ă souligner Renault avant d’ajouter : “Afin de permettre Ă la procĂ©dure judiciaire de se dĂ©rouler dans un climat de sĂ©rĂ©nitĂ©, la sociĂ©tĂ© ne participera d’aucunes surenchères polĂ©miques et rĂ©servera exclusivement les Ă©lĂ©ments en sa possession aux services compĂ©tents chargĂ©s de l’enquĂŞte”.
Maintenant qu’il est saisi, le procureur de Paris peut soit ouvrir une enquĂŞte prĂ©liminaire qu’il dirigerait, soit ouvrir une information qui serait confiĂ©e Ă un juge d’instruction indĂ©pendant. Cette dernière technique, qui permet lĂ©galement des mĂ©thodes d’enquĂŞte plus coercitives et des investigations Ă l’Ă©tranger, a cependant Ă©tĂ© presque systĂ©matiquement abandonnĂ©e en matière financière ces dernières annĂ©es. Selon le Canard enchaĂ®nĂ© de mercredi, c’est Ă contrecĹ“ur que Renault vient devant la justice. Le groupe aurait, en effet, largement prĂ©fĂ©rĂ© rĂ©gler l’affaire d’espionnage en interne et ne pas l’Ă©bruiter.
Les enjeux Ă©tant colossaux, les marques automobiles sont extrĂŞmement vigilantes en ce qui concerne l’espionnage industriel. Les peines peuvent aller jusqu’Ă 10 ans de prison et 150.000 euros d’amende pour de tels faits.
Les trois cadres disparaissent de la procédure
Pour l’instant, Renault ne souhaite pas porter plainte contre les trois cadres mis en cause et il n’est plus certain qu’ils soient licenciĂ©s. Ils disparaissent peu Ă peu de la procĂ©dure. Michel Balthazar le plus haut responsable des trois, est soulagĂ© de ne pas ĂŞtre poursuivi nominativement, mais pour lui, le flou prouve surtout que le dossier est bien vide. ” Aujourd’hui on attend toujours des explications toujours pour pouvoir qualifier les faits. Nous sommes un peu Ă©tonnĂ©s d’avoir Ă©tĂ© convoquĂ©s Ă un entretien prĂ©alable, et maintenant on nous dit qu’il n’y aura peut-ĂŞtre pas de courrier”, explique son avocat Xavier Thouvenin. Renault a maintenant moins d’un mois pour pouvoir licencier les salariĂ©s suspendus.



