«Nous sommes des chasseurs de preuves ». Un matin d’aoĂ»t, dans les rues de Clermont-Ferrand, Onze heures. Jean Blevois (nom d’emprunt), dĂ©tective privĂ© est en pleine filature. Une histoire d’adultĂšre. « Il faut voir sans se faire voir. La voiture me sert de cachette ». Et mieux vaut aimer la planque et « la filoche ». Secrets d’alcĂŽves et amours bafouĂ©es restent les activitĂ©s de base des privĂ©s, initiĂ©es par le conjoint, avant ou aprĂšs mariage, ou par les avocats dans les procĂ©dures de divorce.Et pour traquer LA vĂ©ritĂ©, le dĂ©tective emmĂšne toujours avec lui sa panoplie : lunettes, chapeau, appareil photo, camĂ©ra, ou encore stylo espion. Parfois, il ne faut pas hĂ©siter Ă se dĂ©guiser, ni mĂȘme Ă changer d’identité : « Lors d’une enquĂȘte Ă Lyon, nous avons jouĂ© les faux couples avec une collĂšgue, en suivant un couple adultĂšre. On s’est retrouvĂ©s Ă leur cours de danse de tango ! » se souvient AndrĂšs Gonzalez dĂ©tective privĂ© installĂ© dans le Puy-de-DĂŽme depuis novembre. Homme de l’ombre, solitaire, le dĂ©tective est aussi un aventurier, sans horaires fixes : « On ne sait jamais oĂč va nous mener une enquĂȘte. C’est l’adrĂ©naline » poursuit Jean Blevois. « Si le moment est propice, on fonce ! Que ce soit le jour, la nuit, les dimanches ou fĂ©riĂ©s ». Un mĂ©tier sans risque ? « Pas si sĂ»r ! « On a dĂ©jĂ cassĂ© ma voiture ».
Surveiller des salariĂ©s en arrĂȘt maladie
Vols, indiscrĂ©tion, dĂ©tournement de marchandises, secrets de fabrication copiĂ©s, concurrence dĂ©loyale, le reste du temps est consacrĂ© aux enquĂȘtes Ă©conomiques et industrielles. Agissant dans le respect de la loi, les privĂ©s travaillent avec une multitude d’informations ouvertes, encore faut-il savoir lire entre les lignes.
« Il arrive que l’on nous demande de surveiller des employĂ©s en arrĂȘt maladie ou d’intĂ©grer une entreprise. Une enquĂȘte m’a menĂ© plusieurs semaines dans une grande entreprise de Clermont. Les dirigeants craignaient un sabotage de l’outil de travail », explique Jean BlĂ©vois. Des remords ? « Parfois ce n’est pas facile. Mais une fois la preuve Ă©tablie, on a rĂ©ussi notre mission. Le reste n’est plus entre nos mains ». Pour le privĂ©, il aura fallu ĂȘtre rusĂ© et faire preuve de perspicacitĂ©. Pour le particulier, dĂ©bourser de 300 Ă 3.000 euros, voire plus « cela dĂ©pend des intĂ©rĂȘts en jeu ». En tant que profession libĂ©rale chaque privĂ© choisit ses propres tarifs.
Si AndrĂšs Gonzalez a deux montres, il est probable que l’une d’elle serve Ă autre chose qu’Ă donner l’heure : « Peut-ĂȘtre que depuis le dĂ©but, j’ai enregistrĂ© notre entretien », conclut le privĂ©.