Une lĂ©gende voudrait qu’il existe une “collusion” entre les services de police et les enquĂŞteurs privĂ©s.
Cet amalgame rĂ©sulte essentiellement du fait que d’anciens fonctionnaires de police et de gendarmerie ouvrent une agence au moment de leur retraite .
D’autre part, avant la rĂ©forme (France) du divorce de 1975 les constats Ă©taient rĂ©alisĂ©s par les services de Police car l’infidĂ©litĂ© Ă©tait, Ă l’Ă©poque, un dĂ©lit pĂ©nal.
Cela entrainait donc, obligatoirement, des contacts pour la rĂ©alisation du constat d’adultère avec le service de police dĂ©signĂ© par le juge.
Depuis les constats sont dressĂ©s par les Huissiers de Justice et ces contacts n’existent donc plus.
La profession a parfois, aussi dans le passĂ©, Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme une “police parallèle“, une “concurrente” des services officiels, mythe qui rĂ©sulte de l’image des dĂ©tectives reflĂ©tĂ©e par les romans noirs, les feuilletons tĂ©lĂ©visĂ©s et le cinĂ©ma policier…
Qu’il s’agisse des romans de “Chandler”, avec ses dĂ©tectives “cow-boy” entourĂ©s de jolies blondes, qui roulent en voiture dĂ©capotable, le “Smith et Wesson” Ă portĂ©e de main…, en passant par Nestor Burma, Hercule Poirot ou Sherlock Holmes, le dĂ©tective privĂ© “virtuel” s’occupe d’affaires criminelles et parvient toujours Ă trouver les coupables lorsque la Police est tenue en Ă©chec.
Ce mythe, fortement ancrĂ© dans l’esprit du public (la force de la tĂ©lĂ©vision n’y est sans doute pas Ă©trangère) ne correspond aucunement aux rĂ©alitĂ©s françaises, dans un pays qui s’affiche comme le dĂ©fenseur des libertĂ©s fondamentales.
Qu’en est-il alors des diffĂ©rences entre la police et les dĂ©tectives ? Pour faire simple les premiers interviennent dans le cadre des procĂ©dures pĂ©nales, les second dans celui des procĂ©dures civiles et commerciales, deux domaines qui ne se chevauchent pas et pour lesquels la RĂ©publique Française ne met pas les mĂŞmes moyens Ă la disposition des justiciables.
Pour rĂ©sumer, la Police Nationale, les Polices Municipales, la Gendarmerie Nationale, les services des douanes traitent les affaires qui constituent des infractions pĂ©nales (ou administratives) sanctionnĂ©es par des peines d’amende et/ou de prison : ces services dĂ©fendent les intĂ©rĂŞts de la SociĂ©tĂ©.
Les détectives et enquêteurs privés, pour leur part, interviennent dans le cadre des affaires privées, professionnelles, civiles et commerciales, c’est-à -dire dans des domaines qui ne relèvent pas de la compétence des services officiels : ils défendent des intérêts particuliers.
En effet - et fort heureusement pour la vie privĂ©e de nos concitoyens - la Police n’a pas qualitĂ© et donc n’a pas le droit d’intervenir dans le cadre de ces affaires civiles et commerciales, ce qui est un bien pour nos libertĂ©s individuelles et permet d’avoir l’assurance que la vie privĂ©e, les problèmes de santĂ©, la vie professionnelle, la vie familiale, les finances, les affaires, et la vie intime ne seront pas “fichĂ©s” dans les administrations policières.
Par ailleurs il n’existe pas de juge d’instruction, en procĂ©dure civile et commerciale, pour mener des enquĂŞtes comme en procĂ©dure pĂ©nale (le juge civil Ă©tant un simple arbitre qui tranche en fonction des Ă©lĂ©ments et des preuves apportĂ©es par les parties).
Le rôle des enquêteurs de droit privé est donc de rechercher, établir et fixer les preuves nécessaires aux juristes et aux plaideurs dans ces domaines, en apportant la garantie du secret professionnel et que le professionnel se consacrera aux recherches destinées à défendre les intérêts du requérant.
Les dĂ©tectives n’interviennent ils jamais dans le domaine pĂ©nal ?
Cela peut arriver, mais dans des circonstances qui font que, lĂ encore, le rĂ´le des services de police est terminĂ©, ou qu’ils ne sont pas encore saisis.
Ainsi en matière d’escroquerie aux assurances, l’enquĂŞteur privĂ© sera saisi par une compagnie aux fins de dĂ©terminer - avant le dĂ©pĂ´t d’une plainte - si l’assureur a, ou non, Ă©tĂ© victime de ce dĂ©lit, car tout dĂ©pĂ´t de plainte infondĂ© pourrait entraĂ®ner sa condamnation pour “dĂ©nonciation calomnieuse”.
Si l’enquĂŞte privĂ©e permet de conclure Ă une fraude, l’assureur dĂ©posera plainte et, mais alors seulement, les services de Police prendront le relais, l’enquĂŞteur privĂ© s’effaçant.
Dans le cadre de “contre-enquĂŞtes pĂ©nales” l’enquĂŞteur privĂ© agira, après une condamnation (ou une fois l’instruction officielle achevĂ©e) pour vĂ©rifier les Ă©lĂ©ments, en chercher de nouveaux qui permettraient d’innocenter un prĂ©venu ou d’obtenir une rĂ©vision du procès.
LĂ encore, les services de Police n’ont plus Ă intervenir leur mission Ă©tant achevĂ©e.
Il ne peut donc y avoir la moindre confusion entre services officiels et enquêteurs privés qui interviennent dans des domaines totalement distincts.
Les arguties consistant Ă mettre en concurrence la Police et les DĂ©tectives relèvent donc d’une totale mĂ©connaissance de la profession, voire dĂ©note une absence totale de formation juridique pour confondre procĂ©dure pĂ©nale avec les procĂ©dures civiles ou commerciales.
Quels sont les rapports actuels entre la Police et les Détectives ?
Il n’existait pas de rapports institutionnels entre les services officiels de Police et de Gendarmerie jusqu’Ă l’intervention de la loi du 18 mars 2003 qui place les agences de recherches privĂ©es sous la surveillance, pour le compte de l’autoritĂ© administrative, des Commissaires de Police et des Officiers de la Gendarmerie Nationale.
Il eĂ»t certainement Ă©tĂ© prĂ©fĂ©rable que la profession, une fois rĂ©glementĂ©e, soit placĂ©e sous la tutelle de l’AutoritĂ© Judiciaire (et non du PrĂ©fet) Ă l’instar des “experts judiciaires” ou “des enquĂŞteurs de personnalitĂ©” puisqu’il s’agit d’une activitĂ© auxiliaire des professions juridiques et non pas d’une activitĂ© auxiliaire de police.
Toutefois les contrĂ´les de l’autoritĂ© administrative n’autorisent aucunement les services de police et de gendarmerie Ă prendre connaissance des dossiers traitĂ©s ou de l’identitĂ© des clients, ces informations Ă©tant couvertes par le secret professionnel.
En fait les relations entre les services officiels et la profession sont celles de n’importe quel autre citoyen : celles d’un simple “tĂ©moin” sur des affaires que l’enquĂŞteur privĂ© a pu traiter et qui sont reprises dans le cadre d’une procĂ©dure pĂ©nale.
Ainsi, par exemple, en matière de contrefaçon ou de fraude aux assurances, les “privĂ©s” peuvent communiquer, Ă la demande d’un client et en qualitĂ© de reprĂ©sentant du plaignant, des informations complĂ©mentaires sur les dossiers traitĂ©s qui ne figurent pas nĂ©cessairement dans les rapports transmis, et ce, afin de faciliter l’enquĂŞte officielle.